Les grades

Les niveaux de grades, par Jean Olivé, Professeur de Karaté-Do Shotokaï

Beaucoup de pratiquants du style de Karaté-Do Shotokaï se sont souvent posé des questions concernant les grades japonais et plus particulièrement sur le niveau le plus élevé, le 5ème Dan, délivré par Maître Gichin Funakoshi et par son fils Maître Yoshitaka Funakoshi.
En effet, ce niveau de grade a été atteint par les pionniers du Karaté-Do au Japon et par des experts japonais dans le monde entier tels que les grand Maîtres Hironishi Genshin, Maître Egami Shigeru, fondateur du style Shotokaï, Maître Harada Mitsusuke, Maître Tsutomu Oshima, Maître Murakami Tetsuji, Maître Aoki Hiroyuki et bien d’autres experts qu’il serait trop long à énumérer.

Pourquoi Maître Funakoshi n’a pas délivré plus de cinq Dan ?
Cette question que j’ai posée à des experts japonais à l’occasion de mes différents stages au Japon ainsi qu’à mon Maître Tetsuji Murakami est restée sans réponse.

Pour certains, il n’y a pas d’explications rationnelles et bien précises. Pour d’autres, c’est par respect pour Maître Funakoshi père et à son fils que les grades sont restés à ce niveau.

En 1990, à l’occasion d’un stage au Japon, Maître Genshi Hironishi m’a remis le grade du 3ème Dan.
Dans un entretien qui a suivi la remise du diplôme, nous parlions des niveaux de grades et sur la progression des Dan. Sa réponse a été brève et précise : les pratiquants étrangers ne peuvent obtenir que les 4ème Dan. Le niveau le plus élevé, le 5ème Dan, ne peut être délivré qu’aux pratiquants japonais.
Il faut noter que ceci se passait au Hombu Dojo de Tokyo, Dojo central de Maître Funakoshi où se trouvent des archives mondiales du Karaté-Do, et dont Maître Genshi Hironishi présidait l’organisation Shotokaï.

Après 35 années de pratique dans les Arts Martiaux, il m’a semblé important d’essayer d’apporter des éléments de réflexion sur ces niveaux de grades, et d’amener d’autres pratiquants à apporter leurs points de vue et leurs analysées, ceci dans le seul but de trouver une réponse rationnelle et constructive.
Je pense qu’il faut trouver des sujets de réflexions vers les origines du Karaté et notamment à son appartenance aux Arts Martiaux, puisque nous pratiquons le Karaté-Do, « Do » la voie, la recherche de la voie par les mains vides.

Tous les pratiquants d’Arts Martiaux traditionnels ont pratiqué dans un Dojo, lieu où l’on cherche la voie, le Dojo dans lequel se trouve, face à l’entrée, un hôtel Shinto entouré des portraits des Maîtres fondateurs des différents styles. C’est le lieu de l’éveil (Satori), un lieu de progression où souffle un esprit (Shin).
Au Japon, certains Dojos se situent à l’intérieur des temples bouddhistes, j’ai le souvenir d’avoir visité le plus grand Dojo de Kendo et le Iaï-do à Kyoto où le Dojo se trouvait dans un temple. Tout pratiquant d’Arts Martiaux qui évolue dans un Dojo effectue sous l’injonction du Sensei ou du Sempai avant et après le cours le Mokuso, attitude méditative où méditation Zen, méthode utilisée conjointement à la pratique des Arts Martiaux traditionnels japonais.

Première analyse :
Les niveaux de grade délivrés par Gishin Funakoshi et par son fils Yoshitaka étaient-ils en relation avec les principes bouddhistes basés sur les cinq éléments : la Terre, l’Eau, le Feu, le Vent, le Ciel, principes que nous retrouvons également dans le traité de stratégie Martiale de Miyamoto Musashi, le Livre des Cinq Roues. Dans ce remarquable ouvrage, Miyamoto Musashi nous fait partager son analyse de l’art de la stratégie où il développe la Voie de la stratégie, la Voie du combat, la Voie des différents styles, la Voie des écoles et la Voie de la nature, seule véritable manière d’être.
Le cinquième niveau, ou cinquième Dan, n’était-il pas en relation avec ces principes ?

Deuxième analyse :
Les Katas originels sont restés inchangés dans leurs diagrammes. Que ce soit sur une surface en plancher ou sur une surface réglementée (tatami). Le pratiquant qui exécute un kata est positionné au centre du diagramme qui représente un carré. Dans l’exécution des katas originels, il n’existe pas de techniques dites plus modernes tel que Mawashi-Gueri, Ura Mawashi-Gueri, Ura Oshiro-Gueri, ainsi que d’autres techniques liées à l’évolution du karaté moderne plus compétitif.
Lorsque nous regardons des photos d’archives de Maître Gishin Funakoshi, nous nous apercevons que les positions étaient plus hautes, la distance entre les deux partenaires plus proche, ce qui permet de penser que les phases de combat étaient plus proches du corps à corps.
A nouveau, nous retrouvons le chiffre cinq, qui représente les quatre points cardinaux et le centre. Ce diagramme correspond à des phases de combats où le pratiquant reçoit des attaques de devant, de derrière, du côté gauche et du côté droit.

Troisième analyse :
Dans les Katas de base du style Shotokan de Maître Gishin Funakoshi, on retrouve les principales techniques de défense et d’attaque, ainsi que les postures et déplacements fondamentaux.
Ces Katas de base, appelés EIAN (esprit pacifique) sont au nombre de cinq et sont classés par ordre croissant tenant compte de l’évolution pédagogique et technique.
Il faut noter que les étudiants (nom donné aux élèves), pratiquaient parfois pendant plusieurs années le même kata et que l’apprentissage des cinq EIAN pouvait demander plusieurs années suivant la maturité des étudiants ainsi que leurs assiduités. Cette fin d’apprentissage technique, culturel et philosophique, ainsi que la connaissance des cinq EIAN correspondait au premier Dan ou premier niveau.

Quatrième analyse :
L’association Shotokaï Egami Do, a inclus dans ses niveaux de grade les Menkyos.
Cette échelle de valeurs très ancienne existait avant les Dan.
Dans les passages de grades actuels et plus particulièrement dans le cadre des fédérations habilitées, les candidats à l’obtention d’un Dan sont unanimement jugés sur des critères précis et codifiés (techniques, coordination, rythme, présence, etc.) Cet examen d’état a lieu trois fois par an sur les ligues régionales jusqu’au 2ème Dan.
La délivrance des Menkyos décernés par les écoles tient compte également de ces critères mais aussi d’autres critères tels que : les valeurs morales, valeurs d’étique, de respect, d’assiduité, de personnalité, d’investissement au service de l’école.
Cette échelle de valeur se compose de cinq niveaux, à savoir :
Gakushi
Junshi
Renshi
Kyoshi
Hanshi
Le dernier Menkyo est délivré par le Maître qui dirige une école et qui possède le titre de Shihan.

Conclusion :
Cette étude sur les niveaux de grade n’apporte par de vérité. C’est une base de réfexion, fondée sur les principes de la vie et de la nature, comme bien d’autres principes.
Elle se veut ouverte à l’échange, au dialogue, au débat.
N’hésitez pas à donner votre propre vision et nous aider à découvrir sur quels principes Maître Gichin Funakoshi a élaboré les niveaux de grades.


Annuaire Web France Annuaire Sport.fr